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Qui envoyer à Bruxelles ?

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Who wants to be a « Commissaire » ?

Pourquoi certaines personnalités nationales deviennent commissaires européens alors que d’autres, fortement attendues, n’y parviennent jamais ? En théorie, chaque État est libre de désigner son candidat, dont le portefeuille est négocié avec le Président de la Commission. Une fois la personne nommée et le portefeuille attribué, le candidat Commissaire doit être confirmé par le Parlement. En pratique, le choix de chaque gouvernement suit sa propre logique. A la veille de la nomination de la nouvelle Commission Barroso, les Euros font le point.

1. Envoyer l’opposant à Bruxelles.... et espérer qu’il n’en revienne plus

Le cas peut paraître surprenant mais n’est pas si rare que l’on pourrait le croire : de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement choisissent de nommer comme candidats Commissaires... leurs propres opposants ! Les Etats du sud de l’Europe semblent spécialistes de cette pratique. Ainsi, l’une des motivations de Massimo D’Alema, Premier ministre italien, pour la nomination de Romano Prodi à la tête de la Commission européenne en 1999 était son désir d’éloigner son plus grand rival interne, en espérant qu’il resterait à Bruxelles. Mal lui en a pris. A la fin de son mandat, Romano Prodi est revenu au pouvoir à Rome en battant Silvio Berlusconi en 2005. C’est pour la même raison qu’aujourd’hui Silvio Berlusconi, président du Conseil, appuie fortement la candidature de Massimo D’Alema (encore très puissant dans le principal parti d’opposition, le Parti Démocrate) au poste de Haut Représentant pour les Affaires Etrangères. De même, l’actuel Premier ministre portugais, le socialiste José Socrates, préfère que José-Manuel Barroso reste à Bruxelles plutôt que de le voir revenir sur la scène politique portuguaise.

2. Envoyer un spécialiste

La Commission européenne étant réputée pour la technicité des domaines abordés, beaucoup d’États membres préfèrent envoyer des spécialistes. Pariant sur la connaissance des sujets de leurs candidats commissaires, certains gouvernements espèrent qu’en retour, ils « obtiendront » un portefeuille stratégique. En général, cette stratégie s’avère payante. Et contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ce ne sont pas forcément ces spécialistes, dont peu ont exercé des responsabilités ministérielles nationales, qui se révèlent les moins « politiques ». Ainsi, Lionel Jospin, à la tête du gouvernement français en 1999, a choisi de présenter Pascal Lamy, ancien sherpa de Jacques Delors à la Commission européenne, au poste de Commissaire européen français. Il faut dire que l’image des socialistes français à Bruxelles avait été largement écornée à cause du scandale Edith Cresson, ayant fait tomber la Commission Santer. De même, de nombreux « nouveaux » États membres préfèrent nommer comme Commissaire européen un ancien négociateur de leur pays avec l’UE ou un ancien représentant de leur pays auprès de l’UE ( Maroš ŠEFČOVIČ) plutôt qu’un ancien ministre.

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Maroš ŠEFČOVIČ, commissaire- expert

Le nouveau Commissaire slovaque en charge de la culture, de la jeunesse et des sports, Maroš ŠEFČOVIČ, est l’ancien Représentant Permanent de la Slovaquie auprès de l’Union européenne.

3. Envoyer un militant de l’Europe

Michel Barnier est l’exemple même du militant européen propulsé à Bruxelles de son propre fait, par son propre engagement européen et par son lobbyisme actif auprès du chef de l’État. Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, Commissaire en charge de la Cohésion, membre de la Convention européenne, député européen, le C.V. européen de Michel Barnier est impressionnant. Margot Wallström, Benita Ferrero-Waldner, Catherine Ashton et Danuta Hubner peuvent également être rangées dans cette catégorie. En général, il est possible d’identifier les « militants européens » au nombre d’ouvrages qu’ils écrivent sur l’Europe ou au nombre de mandats qu’ils poursuivent à Bruxelles. D’autre part, ces personnalités sont souvent à l’avant-garde de leur parti ou de leur pays sur les sujets européens : Chris Patten a été désigné candidat Commissaire britannique parce qu’il était l’un des seuls conservateurs britanniques euro-enthousiastes. Point positif, les militants sont au service de la cause européenne et sont garants d’une indépendance, d’une « expertise » relative et d’impartialité. Point négatif, les « militants européens » peinent parfois à faire le lien entre leur foi européenne et leurs anciennes attaches nationales ou partisanes.

4. Envoyer un « poids lourd »

A peine nommé à la tête de la Commission, Romano Prodi voulait que les États membres lui envoient des poids lourds politiques. Aussitôt dit, aussitôt fait. Loyola de Palacio, Vice-présidente de la Commission en charge de l’énergie et des transports (collège Prodi), est l’exemple même de ces poids lourds : ancienne ministre de l’agriculture, fine tacticienne et négociatrice, possédant une maîtrise parfaite des dossiers et des langues (espagnol, anglais, français), Loyola de Palacio a su très bien trouver sa place dans la Commission Prodi.

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Pascal Lamy, technocrate et visionnaire

Pascal Lamy, ancien proche de Jacques Delors à la Commission européenne, devenu Commissaire au commerce... un véritable défi pour un socialiste français !

5. Les engagements de coalition

Dans bien des pays fédéraux (Allemagne, Autriche, Belgique), le portefeuille de Commissaire fait partie, au même titre que les ministères nationaux, des postes à négocier au sein d’une coalition gouvernementale. Dans cette optique, l’étiquette politique de la personnalité envoyée à Bruxelles est déterminante. D’autres facteurs peuvent également entrer en ligne de compte. S’inscrivant totalement dans ce schéma, les belges ont généralement alterné flamands et wallons au poste de commissaire. Le risque d’un tel système est de traiter le poste de Commissaire européen comme celui d’un ministre national, et ainsi d’envoyer une personnalité sans envergure ou sans compétence particulière. A cet égard, les choix des commissaires allemands, très critiqués, sont particulièrement frappants.

6. Bruxelles, un lot de consolation

Contrairement aux « militants européens », certains commissaires européens sont allés à Bruxelles à reculons... ou tout du moins ont obtenu le poste de Commissaire en tant que « lot de consolation ». Le cas de Charlie McCreevy est révélateur : beaucoup d’observateurs se sont étonnés de voir l’ancien ministre des Finances irlandais, éternel pourfendeur de la « main-mise de Bruxelles », rejoindre l’éxecutif communautaire. Dans les faits, le poste à la Commission lui a été offert comme un lot de consolation, n’étant plus en mesure de rester au gouvernement. De même, Peter Mandelson, ancien Commissaire britannique au commerce, n’a pas montré un grand enthousiasme à son arrivée dans la capitale belge. Mais cette dernière représentait une bonne voie de sortie pour celui qui fut pendant longtemps dans la ligne de mire des médias britanniques et, au sein du Parti travailliste, de Gordon Brown.

L’inconvénient d’envoyer à Bruxelles ceux dont on veut se débarrasser dans la capitale nationale est que l’efficacité et l’engagement pour le poste sont rarement au rendez-vous.

7. Bruxelles, cimetière de Premiers ministres (ou d’anciens chefs de partis)

Pour bien des chefs d’État et de gouvernement, la nomination au poste de Commissaire européen s’assimile à un honneur pour services rendus à la nation.... ou au parti. Ainsi, beaucoup de Commissaires européens sont d’anciens ministres, d’anciens Premiers ministres ou d’anciens chefs de partis : Vladimir Spidla (ancien secrétaire du parti social-démocrate et ancien Premier ministre tchèque) , Joaquin Almunia (ancien chef du parti socialiste espagnol).

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Joaquin Almunia, l’ancien mentor

Joaquin Almunia a commencé sa carrière au sein du syndicalisme ouvrier espagnol, avant de la poursuivre au parti socialiste espagnol, et enfin à la Commission européenne.

Les chefs d’État veulent honorer ceux qui furent leurs mentors, leurs guides... ou leurs vieux adversaires. D’autre part, envoyer un ancien Premier ministre peut représenter une garantie de crédibilité et d’indépendance. Cependant, le risque de cette démarche est d’assimiler la Commission européenne à une maison de retraite où on se meurt d’ennui.

Or, entretenir cette vision, c’est ne rien comprendre à une vie politique communautaire de plus en plus réactive et stimulante...


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Auteurs

Antoine Bargas

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)

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